Edito# 17 – Le retour d’Octobre 17

Il arrive un moment dans la vie de tout homme où il ressent comme une honte de ne pas parler russe couramment.

 

Par exemple, maintenant. En octobre 17*.

 

Et cette honte est grande.

 

Car en octobre 17, REAL# 17 doit logiquement lever le poing, prendre son fusil, et haro sur le Palais d’hiver ! Baïonnette pour le koulak ! Sus au menchévik !

 

Vous nous voyez faire ça, avec l’accent de l’Auvergne ou du Cotentin ?

 

Vous nous voyez nous faire pousser la moustache comme Gorki, vociférer comme Maïakovski, avec nos pâles glottes franchouillardes ?

 

Sans compter qu’on manque de sources. De pensées, de gueulantes, de sentiments vrais en version originale, qui soient pas entièrement passées au crible de notre sensibilité occidentale anticommuniste primaire qu’on nous a appris à l’école.

 

Ainsi donc et malgré notre bonne volonté, on reste cons devant certaines questions fondamentales, comme de savoir si Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, baisait Nadejda Kroupskaïa.

 

Ou de savoir si des fois, en y regardant bien, Angus McGyver et John Rambo, les héros de notre jeunesse, ne seraient pas des agents de l’impérialisme américain et du capitalisme mondialisé.

 

Des choses comme ça.

 

Qu’une meilleure maîtrise du russe nous auraient permis de comprendre facilement. 

 

Au lieu de quoi nous en sommes réduits à nous demander : comment aborder realpoétiquement ce grand machin qui va de Pskov à Vladivostok ?

 

On a dû faire briller le dictionnaire bilingue. Secouer internet. Appeler les copains et les copines à la rescousse. Sans eux (le dictionnaire, l’internet, les camarades), on ne s’en sortait pas. 

 

Et c’est grâce à eux qu’on se retrouve avec un REAL#17 plein de Russkoffs, de bonzes bouriates, des communistes cryogénisés, de soldats rouges mal essuyés, d’ingénieurs tarés – et une double dose de REALPOESI, où on aura l’occasion de voir :

 

Valeri Sosnovski à la rencontre de fantômes de tchékistes dans un quartier non-répertorié d’Ekaterinbourg (traduction Thierry Marignac).

 

Edouard Limonov qui se fritte avec la plus haute antiquité soviétique (traduction Grégoire Damon).

 

Laurent Bouisset qui se sent tout à coup très petit et très enrhumé.

 

Katia Bouchoueva accueillant les archanges de l’armée rouge.

 

Et en MASSES (auto)-CRITIQUES :

 

Grégoire Damon découvrant une éléphante désabusée dans la poésie de Nathalie Arthaud.

 

Et Igor Benzédrine invoquant les mânes de l’ingénieur Rostislav Alekseyev, dans le dernier livre de Jean-Baptiste Cabaud.

 

ON NOTERA AU PASSAGE QUE :

 

Ce n’est pas toujours facile d’avoir sa dose de poésie. Surtout quand c’est pas en français. Surtout quand c’est pas labellisé. Heureusement, il y a des dingues qui s’emploient à nous faciliter la tâche, sur leurs heures de sommeil, pour pas un rond.

 

Certains de nos lecteurs connaissent déjà Fuego del fuego, le site d’Erick Gonzalez et de Laurent Bouisset, qui met à la portée des francophones des poètes mexicains et guatémaltèques contemporains – les autres auront la joie de le découvrir en cliquant ci-dessus.

 

Pour le domaine russophone, si vous n’avez jamais entendu parler de Boris Ryjii, Alexeï Nikonov ou Sergueï Tchoudakov, vous pouvez vous référer au site Antifixion, animé par Vincent Deyvaux, Thierry Marignac et Kira Sapguir.

 

Par ailleurs, si REAL#17 est une vraie beauté prolétarienne, on le doit aux illustrations de Dante Fiasco.

 

En vous rappelant que chaque auteur ou traducteur est ici propriétaire de ses moyens de production et de ce qui en en sort,

 

On vous la souhaite bien bonne.

 

Les Tôliers.

 

 

NB : Le doux visage dans le bandeau n’est pas celui de Frankenstein mais celui de Daniil Harms. Ce numéro de REALPOETIK ne contient pas de textes de Daniil Harms mais que ça ne vous empêche pas d’en lire.

 

 

 

* Les tôliers de REAL sont bien conscients qu’on est en novembre. Cependant, au moment du soulèvement bolchevik, la Russie utilisait toujours ce gros réac de calendrier julien, qui avait treize jours de retard sur le calendrier grégorien, utilisé en occident. Le 25 octobre 1917 est donc tombé le 7 novembre ; pour toutes réclamations, s’adresser à Christophorus Clavius (1538-1612), inventeur du nouveau calendrier sous le pape Grégoire XIII.